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Épître de Jacques

[INTRODUCTION] [PLAN - RÉSUME] [DATE] [TEXTE]




puce Une épître unique en son genre

   

Cette courte lettre est à plus d'un titre un texte très original. Son souci est essentiellement éthique et l'auteur n'y développe aucune approche christologique (des thèmes aussi importants que la mort et la résurrection de Jésus ne sont même pas évoqués). Il envisage quel doit être l'engagement du chrétien au sein de la société de son temps. Pour lui, la vie à la suite du Christ s'accompagne d'exigences comportementales précises. Le chrétien doit notamment avoir un souci tout particulier des pauvres.

L'auteur insiste tout particulièrement sur les oeuvres (entendre par là des comportements éthiques concrets) que doit manifester le disciple du Christ. Ce sont ces oeuvres qui vérifieront la pertinence de la foi que le chrétien affirme détenir. L'affirmation À quoi cela sert-il, mes frères, que quelqu'un dise : " J'ai la foi ", s'il n'a pas les oeuvres ? La foi peut-elle le sauver ? (2,14) semble s'opposer à la doctrine développée par Paul (Rm et Ga) du salut par la foi sans les oeuvres. Cette perspective "antipaulinienne" avait tellement déplu à Luther qu'il parla de cette lettre comme d'une "épître de paille". En fait, l'auteur développe un thème un peu différent de celui de Paul. Pour Paul, il s'agit d'une réflexion sur le caractère salvifique ou non de la Loi de Moïse en tant que telle. Pour Jacques, la question est de savoir si une confession de foi a une quelconque valeur salvifique alors même que les agissements du chrétien contredisent ouvertement l'enseignement du Christ.

La lettre se présente comme une "encyclique", c'est à dire comme un écrit destiné à circuler entre les différentes églises, appelées ici métaphoriquement "les douze tribus dans la dispersion". L'auteur veut interpeller ces églises sur le souci qu'elles ont des pauvres. Il combine des éléments provenant du judaïsme, du monde grec (stoïcisme notamment) et enfin de l'enseignement de Jésus (appel à abandonner ses richesses pour entrer dans le Royaume de Dieu). Pour l'auteur, la richesse provoque le malheur en détournant l'homme de l'essentiel. Elle provoque une fausse sensation de sécurité alors qu'elle ronge l'homme de l'intérieur et le détourne de Dieu et de ses frères.
 

pucePlan et résumé

Adresse (1,1)

Le chrétien face aux épreuves (1,2-19)

 

Mettre en pratique la Parole de Dieu (1,19-3,18)

 

Se comporter fidèlement face aux puissances dominant le monde (4,1-5,20)

 

puceHistoire de la rédaction

   

L'auteur se présente comme "Jacques serviteur de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ" (1,1). Mais de quel Jacques s'agit-il ?

   

L'épître ne privilégie aucune de ces deux grandes figures. Il pourrait même s'agir d'un autre Jacques, et l'attribution au frère de Jésus ne s'est faite que tardivement dans la tradition chrétienne (pour Eusèbe, mort en 399, le caractère canonique de cette lettre reste controversé Hist. Eccl. 2,23;24-25 et 3,25,3). Pour les commentaires contemporains, l'auteur ne peut être identifié avec certitude. On peut en revanche cerner le monde dans lequel il évolue. Il connaît bien le stoïcisme mais ne s'attache pas aux pratiques du judaïsme (circoncision, interdits alimentaires). Il ne fonde pas sa réflexion sur les éléments centraux du credo chrétien (vie, mort, résurrection de Jésus). Il cite toujours le texte de l'Ancien Testament dans la version grecque (LXX). On peut donc le situer avec vraisemblance dans le christianisme hellénistique (pagano-chrétien de deuxième ou troisième génération).

    Pour dater l'épître, on peut se baser sur 2,14-26: l'auteur connaît manifestement la terminologie paulinienne utilisée en Rm et Ga. La lettre est donc postérieure à 58-60. En revanche, l'auteur ne semble pas connaître une structure des Églises locales semblable à celle dont la littérature paulinienne témoigne dans ses écrits les plus tardifs. On peut supposer donc une rédaction vers la fin du premier siècle, au plus tard au début du second.

puceUn texte représentatif : le salut et la foi (2,14-26)

Jc 2,14 À quoi cela sert-il, mes frères, que quelqu'un dise : " J'ai la foi ", s'il n'a pas les oeuvres ? La foi peut-elle le sauver ? 15 Si un frère ou une soeur sont nus, s'ils manquent de leur nourriture quotidienne, 16 et que l'un d'entre vous leur dise : " Allez en paix, chauffez-vous, rassasiez-vous ", sans leur donner ce qui est nécessaire à leur corps, à quoi cela sert-il ? 17 Ainsi en est-il de la foi : si elle n'a pas les oeuvres, elle est tout à fait morte. 18 Au contraire, on dira : " Toi, tu as la foi, et moi, j'ai les oeuvres ? Montre-moi ta foi sans les oeuvres ; moi, c'est par les oeuvres que je te montrerai ma foi. 19 Toi, tu crois qu'il y a un seul Dieu ? Tu fais bien. Les démons le croient aussi, et ils tremblent. 20 Veux-tu savoir, homme insensé, que la foi sans les oeuvres est stérile ? 21 Abraham, notre père, ne fut-il pas justifié par les oeuvres quand il offrit Isaac, son fils, sur l'autel ? 22 Tu le vois : la foi coopérait à ses oeuvres et par les oeuvres sa foi fut rendue parfaite. 23 Ainsi fut accomplie cette parole de l'Écriture : Abraham crut à Dieu, cela lui fut compté comme justice et il fut appelé ami de Dieu. " 24 Vous le voyez : c'est par les oeuvres que l'homme est justifié et non par la foi seule. 25 De même, Rahab, la prostituée, n'est-ce pas par les oeuvres qu'elle fut justifiée quand elle reçut les messagers et les fit partir par un autre chemin ? 26 Comme le corps sans l'âme est mort, de même la foi sans les oeuvres est-elle morte.

 

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