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L'Exil (597-538)

[Les derniers rois de Juda] [La déportation de 587] [Les trois composantes du judaïsme]
[La vie en terre d'exil] [Deux attitudes face à l'exil]
[La montée en puissance de Cyrus] [La chute de Babylone] [L'Edit de Cyrus]

 

puce La déportation de 597

    En 597, la ville de Jérusalem tombe une première fois aux mains des Babyloniens qui déportent le roi Joïakîn et nomment comme roi à sa place son oncle Sédécias. Une petite partie de la population est déportée à cette occasion. Cette première déportation ne concerne que l'élite administrative et sacerdotale: prêtres, scribes hauts fonctionnaires, membres de la famille royale et artisans métallurgistes. Pour de nombreux historiens, il s'agit moins d'une déportation que d'une constitution d'un groupe d'otages. Le roi, quelques membres de sa famille et de diverses familles de notables, sont tenus en résidence surveillée à la cour babylonienne pour s'assurer que le royaume de Juda restera pacifié. On est en droit même de douter de la réalité du règne de Sédécias. Il n'est peut-être que le lieutenant qui gouverne en lieu et place de Joïakîn. En tout état de cause, le livre d'Ezéchiel continue à dater les événements du règne de Joïakîn et non de Sédécias.
 

Les derniers rois judéens

Josias
(trouve la mort en 609 à la bataille de Meggido contre les Egyptiens)
Il laisse trois fils :

Elyaqim Joachaz Mattanya
Elyaqim

Son fils aîné doit normalement lui succéder, mais le peuple n'en veut pas et le dépose immédiatement.

   
  Joachaz
(Shallum)

Le fils cadet de Josias succède donc à son père, placé sur le trône par le peuple. Mais il ne convient pas aux Egyptiens qui sont les maîtres incontestés de la région après la bataille de Meggido. Le pharaon dépose donc Joachaz après trois mois de règne et l'emmène en captivité en Egypte.

 
Elyaqim

revient donc au pouvoir, mais sous la stricte tutelle des Egyptiens. Pour montrer son pouvoir, le pharaon change son nom en

Joïaqim

Il régnera jusqu'en 598/597. Alors que la ville est assiégée par les Babyloniens, il meurt et son jeune fils

Joïakîn

lui succède mais pour régner seulement trois mois avant la chute de Jérusalem en 597

   
    Mattanya

le troisième fils de Josias arrive alors au pouvoir et Nabuchodonosor, roi des Babyloniens, change son nom en

Sédécias

 

puce La déportation de 587

   

Mal conseillé et pensant à tord pouvoir compter sur l'aide égyptienne, Sédécias va entrer en révolte ouverte contre les Babyloniens. La riposte de ces derniers sera impitoyable: Jérusalem va être prise une seconde fois en 587. Sédécias est exécuté et une portion importante de la population déportée. Le Temple, déjà pillé en 597, est cette fois complètement rasé, de même que les murailles de la ville. Cette fois, Juda perd définitivement son indépendance et devient une province babylonienne. A sa tête est nommé, non pas un roi vassal, mais un simple gouverneur. Le premier du nom est Godolias, un pro-babylonnien très proche des idées de Jérémie. La ville de Jérusalem est tellement ravagée que le nouveau gouverneur doit établir sa capitale administrative à Miçpa (frontière nord du Juda). Godolias va très vite être assassiné par des membres du parti pro-égyptien, peut-être à l'instigation du roi d'Ammon. Les assassins vont s'enfuir en Egypte en emmenant avec eux Jérémie. Après cela, on entre dans un grand vide documentaire et on ignore le nom des autres gouverneurs de Juda.

    Les déportés sont d'abord traités assez durement semble-t-il. Ils vont être astreints aux grands travaux de construction entrepris par Nabuchodonosor. Toutefois, après la mort de ce roi babylonien, leur situation va rapidement s'améliorer et la communauté juive va s'installer durablement à Babylone et dans d'autres grandes villes mésopotamiennes.

    Au terme de cette déportation, et pendant toute la durée de l'exil, le judaïsme va être profondément scindé en trois composantes:
 

Ceux qui sont restés en 
Judée

Ceux qui ont fuit en 
Egypte

Ceux qui ont été déportés à Babylone

Ceux qui n'ont pas fuit ou n'ont pas été déportés restent dans un pays en ruine. Jérusalem a été complètement saccagée et elle ne possède plus aucun moyen de défense. Le Temple a été détruit, l'Arche est perdue et il ne reste plus de lieux de culte. La campagne a beaucoup souffert du passage des armées et le niveau de vie s'en ressent. Les états voisins de Juda ont profité de son anéantissement pour reprendre des morceaux substantiels de territoire. Comme l'élite a été déportée, Juda se retrouve sans aucune structure politique ou religieuse et le peuple va être laissé complètement à l'abandon, sans encadrement, si ce n'est celui de l'administration babylonienne. En pratique, on ne dispose d'aucune source documentaire judéenne précise sur cette époque.

Une part importante de ceux qui n'ont pas été déportés ont trouvés refuge en Egypte. On a peu de renseignements sur cette colonie juive à ses débuts, mais elle forme le noyau d'un groupe qui sera très important et actif à la période grecque. Les fouilles archéologiques ont permis de reconstituer en partie l'histoire d'une colonie militaire juive implantée par Pharaon sur l'île d'Éléphantine, mais il s'agit de documents datant de 419 seulement. Ces documents montrent que les Juifs égyptiens ont alors conservé le culte de Yaho, mais y ont adjoint une parèdre féminine et une sorte de fils probablement proche du dieu Baal.

Leur situation a beaucoup et rapidement évoluée. Les déportés ont d'abord été convoyés comme des prisonniers vers leurs lieux d'installation, beaucoup d'entre-eux servant de semi-esclaves pour les travaux d'envergure entrepris pas Nabuchodonosor. Progressivement, ils vont s'acclimater dans le pays et acquérir plus de liberté. Ceci d'autant plus que l'exil semble bien parti pour durer, alors qu'au début, on espérait un retour rapide. Le livre de Jérémie nous parle de ce conflit entre des prophètes qui promettaient aux exilés un prompt retour, et Jérémie qui leur conseillait au contraire de s'installer du mieux possible. 

 

 

Ainsi parle Jérémie aux exilés

Jr 29,4 Ainsi parle Yahvé Sabaot, le Dieu d'Israël, à tous les exilés, déportés de Jérusalem à Babylone: 5 Bâtissez des maisons et installez-vous; plantez des jardins et mangez leurs fruits; 6 prenez femme et engendrez des fils et des filles; choisissez des femmes pour vos fils; donnez vos filles en mariage et qu'elles enfantent des fils et des filles; multipliez-vous là-bas, ne diminuez pas! 7 Recherchez la paix pour la ville où je vous ai déportés; priez Yahvé en sa faveur, car de sa paix dépend la vôtre. 8 Car ainsi parle Yahvé Sabaot, le Dieu d'Israël: ne vous laissez pas égarer par les prophètes qui sont parmi vous, ni par vos devins, n'écoutez pas les songes que vous faites, 9 car c'est pour le mensonge qu'ils vous prophétisent en mon Nom. Je ne les ai point envoyés -- oracle de Yahvé. 10 Car ainsi parle Yahvé: Quand seront accomplis les 70 ans à Babylone, je vous visiterai et je réaliserai pour vous ma promesse de bonheur en vous ramenant ici. 11 Car je sais, moi, les desseins que je forme pour vous -- oracle de Yahvé -- desseins de paix et non de malheur, pour vous donner un avenir et une espérance.

 

 

puceL'acclimatation dans le pays d'exil   

Les conditions matérielles des exilés vont aller en s'améliorant. Il ne faut jamais oublier que c'est l'élite qui a été déportée et qui manifeste donc de grandes capacités d'adaptation. Plusieurs documents babyloniens montrent l'apparition progressive de noms juifs dans les registres des grandes entreprises commerciales ou bancaires de Babylone, y compris à des postes de haute responsabilité, parfois même à la tête de ces établissements. La famille royale déportée retrouve un régime assez favorable à la cour babylonienne.

Les exilés se retrouvent plongés au coeur d'une civilisation brillante, dans un pays riche. Tout cela est parfois bien tentant, d'autant plus que la destruction du temple et l'exil ont rendu difficile la vie religieuse de la communauté des déportés. Il n'est plus possible d'offrir des sacrifices et de célébrer la liturgie habituelle. Il va donc falloir inventer un nouveau mode de célébrations. Les réunions de la communauté juive en exil se font souvent au bord de l'eau, et la lecture de la Torah remplace le culte sacrificiel. On a peut-être un écho de ces rencontres dans le psaume 137 Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion.

La réorganisation de cette liturgie, qui est peut-être bien l'ancêtre de la liturgie synagogale évite à trop d'exilés de se laisser séduire par les brillantes liturgies des dieux babyloniens. Elle entretient un certain esprit de résistance, comme les versets 7-9 du Ps 137 le laissent entendre : 7 Souviens-toi, Yahvé, contre les fils d'Edom, du Jour de Jérusalem, quand ils disaient: A bas! Rasez jusqu'aux assises!  8 Fille de Babel, qui dois périr, heureux qui te revaudra les maux que tu nous valus,  9 heureux qui saisira et brisera tes petits contre le roc!

De fait, la séduction des dieux babyloniens était bien réelle, d'autant plus que, selon la théologie en cours dans la plupart des nations de l'Orient ancien, la victoire d'une nation sur une autre signifiait la victoire de ses dieux nationaux contre les dieux des vaincus.

On va donc voir se développer deux tendances dans la communauté exilique :
 

Certains vont jouer à fond la carte de l'assimilation au mode de vie babylonien, estimant que l'on peut rester Juif tout en vivant au milieu des nations païennes. 
On a un écho de ce mode de pensée dans les origines du livre d'Esther, qui nous enseigne qu'à l'extrême, une Juive peut devenir reine d'un empire païen, vivant suivant les moeurs païennes, mais restant fidèle à son peuple et finissant même par le sauver.
Le livre de Joseph, qui clôture aujourd'hui le livre de la Genèse, présente également de manière très favorable l'ascension du patriarche au sein de la société égyptienne.

D'autres au contraire vont, pour protéger leur identité, adopter un mode de vie se démarquant le plus possible des habitudes païennes, notamment en matière d'interdits alimentaires et de respect absolu de la circoncision. On a un écho de cette manière de faire dans le début du livre de Daniel qui insiste sur tous ces points. Le livre de Tobie montre également comment le déporté en est réduit à vivre dans une semi-clandestinité pour accomplir les rites d'ensevelissement. 

 

puce La montée en puissance de Cyrus

   

Cyrus II, prince des Perses, est tout d'abord le vassal du roi des Mèdes Astyage. En 553, il se révolte contre son maître soutenu par les Babyloniens, qui voient là une occasion de saper la puissance du royaume mède qu’ils n’ont jamais pu soumettre à leur empire. Cyrus bénéficie également de complicité dans l’armée mède, si bien que sa révolte réussit et qu’il entre dans la capitale Ecbatane en 550 acclamé par les Mèdes, heureux de se débarrasser d’un souverain despotique peu populaire. Cyrus fédère donc en un seul royaume les Perses et les Mèdes, ce qui double du coup sa puissance.

La prise d'Ecbatane en 550   

Face à ce danger, l’Asie mineure s’inquiète et décide de passer à l’offensive sous l’impulsion de son roi le plus puissant et le plus riche, le fameux roi de Sardes Crésus. Crésus a pris soin de consulter un oracle afin de savoir s’il était opportun d’attaquer le premier et l’oracle lui a répondu: « si tu attaques, un grand empire sera détruit », mais sans préciser de quel empire il s’agissait...

Crésus s’assure l’appui de toutes les forces de la région: les Lacédémoniens, les Egyptiens et même les Babyloniens qui commencent à se rendre compte que leur ancien obligé est devenu un périlleux voisin. Crésus se met donc en campagne, mais le service de renseignement de Cyrus le prévient à temps, et c’est lui qui reprend l’initiative en attaquant la coalition. C’est la bataille de Ptérie en 546. Crésus perd la bataille et s’enfuit vers Sardes, talonné par l’armée perse. La ville est assiégée et prise en 14 jours seulement. Crésus est épargné, mais Cyrus s’empare de son légendaire trésor.

De 545 à 540, Cyrus entreprend une vaste campagne dans la région de l’Iran actuel et soumet un à un tous les royaumes de la région. Il ne lui reste plus qu’à s’attaquer à l’empire babylonien qui est mûr pour être cueilli.

puce La fin de l'empire babylonien

   

Si l'empire babylonien apparaissait invulnérable au moment de la victoire de Nabuchodonosor, il s'agit en fait d'un colosse aux pieds d'argile et il ne va pas tarder à se désagréger. De 562 à 556 vont se succéder plusieurs empereurs dont les règnes seront brefs. En 556, Nabonide de Haran prend le pouvoir en assassinant le souverain en place.

Nabonide est un araméen de l'ouest étranger à la capitale. Il voue une dévotion particulière au dieu Sin, le dieu de la lune des babyloniens, et se met à dos le clergé du dieu Marduk, le dieu local de Babylone en tentant d'introduire le culte de Sin dans les temples de Marduk. De plus, il entreprend de ramener de force à Babylone les statues des temples périphériques et il se met  aussi à dos le clergé des campagnes.

En 552, Nabonide transfert sa capitale à Téma (vers l'Arabie) et laisse le gouvernement de Babylone à son fils Belshassar (le Balthazar du livre de Daniel). Cet abandon de la capitale alors que la puissance perse ne cesse de croître aura le plus mauvais effet sur le moral des Babyloniens. En 542, Nabonide rentre à Babylone, mais c'est trop tard.

En effet, pendant ce temps, les Perses, avec le roi Cyrus à leur tête, ne sont pas restés inactifs. Outre la puissance militaire, Cyrus utilise aussi très habilement le ressentiment des Babyloniens à l'égard de Nabonide. Le gouverneur de la province qui sépare Babylone des forces perses passe à l'ennemi. Pour contrer le désastre imminent, l'armée babylonienne affronte les Perses à Opis le 26 septembre 539 et essuie une totale défaite. Le gouverneur félon en profite pour entrer à la tête de ses troupes dans Babylone le 12 octobre. Belshassar est tué et Nabonide emprisonné.

Le 29 octobre, Cyrus entre dans Babylone après une intense campagne de préparation d'opinion qui le fait apparaître comme un libérateur et non comme un envahisseur. Sa propagande présente Nabonide comme un impie et un fou et le prétexte de l'entrée de Cyrus à Babylone n'est rien d'autre que le rétablissement du dieu Marduk. Cyrus fait une entrée triomphale à Babylone sous les acclamations du clergé de Marduk.
 

Cyrus va ensuite parcourir l’empire babylonien sans rencontrer d’opposition. Au contraire, partout où il se présente, il est accueilli en libérateur, car il ramène dans leurs temples les statues des dieux que Nabonide avait enlevées.

Cyrus entreprend aussi de rendre leur liberté aux populations que les Babyloniens avaient déportés. Les Juifs bénéficieront eux aussi de cette liberté. Ce sera le fameux édit de Cyrus, daté de 538, qui autorise les Juifs exilés à revenir à Jérusalem et à rebâtir le Temple. Et comme ils n’ont pas de statue à ramener chez eux, Cyrus leur rend le matériel cultuel du temple emporté par Nabuchodonosor en son temps. C’est la fin de la période exilique.

lampeL'Edit de Cyrus
(selon le livre d'Esdras)

Esd 1,1 Or la première année de Cyrus, roi de Perse, pour accomplir la parole de Yahvé prononcée par Jérémie, Yahvé éveilla l'esprit de Cyrus, roi de Perse, qui fit proclamer et même afficher dans tout son royaume 2 "Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : Yahvé, le Dieu du ciel, m'a remis tous les royaumes de la terre, c'est lui qui m'a chargé de lui bâtir un Temple à Jérusalem, en Juda. 3 Quiconque, parmi vous, fait partie de tout son peuple, que son Dieu soit avec lui! Qu'il monte à Jérusalem, en Juda, et bâtisse le Temple de Yahvé, le Dieu d'Israël c'est le Dieu qui est à Jérusalem. 4 Qu'à tous les rescapés, partout, la population des lieux où ils résident apporte une aide en argent, en or, en équipement et en montures, en même temps que des offrandes de dévotion pour le Temple de Dieu qui est à Jérusalem."

 

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